mercredi 17 septembre 2008

Tourniquets

Les sentiers parfois étaient interrompus par une prairie. Il y avait alors des passe-barrières : une chicane, le plus souvent, ou alors un tourniquet, bien plus élégant !

Le monde d’aujourd’hui tend à tout séparer : les voitures sur les autoroutes… les vélos sur les pistes cyclables… les piétons sur les trottoirs… les TGV dans de profondes tranchées et les métros plus bas encore… Chacun chez soi semble être la règle. Et si cela est vrai à la ville, ce l’est aussi dans les bois : chemin équestre, piste de VTT, sentier pédestre, sans parler de l’horreur de l’invasion des voies forestières par les quads et 4x4. Chacun veut avoir son chemin à lui.
Quand les forêts étaient moins peuplées – faut-il dire envahies par des hordes de plaisanciers ? – il fallait bien se garer parfois de quelque motocycliste. Toujours les deux mêmes en fait. Qui ralentissaient lorsqu’ils approchaient de piétons. De voitures ou de 4x4 ? Il n’en était pas question dans le bois. Ou alors, c’était un forestier qui s’en allait au travail. Sans fausse hâte ni illusion qu’il participait à un rallye raid. Quant aux piétons, ils allaient où ils voulaient. Pas en période de chasse évidemment. Mais, les sentiers et les chemins n’étaient qu’indicatifs : le moyen souvent le plus confortable de nous mener d’un point à un autre où nous trouverions toujours le prétexte pour quitter les voies balisées. Et quand il fallait choisir la voie la plus rapide, nous trouvions des raccourcis seulement parcourus par les animaux sauvages.
Et puis, il y avait les prés. Pas de champs. Tout juste des pâtures ou des prés à foin. Que les sentiers traversaient parfois.
Les moins accueillants des fermiers, les plus envahissants, nous forçaient à sauter les barrières, à nous glisser sous les barbelés, ou à en ouvrir le portail le temps de les franchir. Ceux dont la pâture était franchie par l’un ou l’autre sentier très fréquenté savaient où était leur intérêt – au risque autrement de voir leur barrière mal refermée et les bêtes s’égailler dans les bois – et nous offraient d’élégants passe barrières.
Les tourniquets sont peut-être plus jolis, et plus modernes. Je préférais les chicanes. Elles affirmaient bien que la prairie était ouverte, à celui seulement qui pouvait s’y faufiler. Mais rien ne faisait obstacle au passage de nos menus corps d’enfants qui les franchissaient à toute vitesse.

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