lundi 14 janvier 2008

Livre

Livre rimait alors avec lecteur.

Avant toutes ces émissions littéraires et l’omniprésence des auteurs à succès, il y avait le livre. Peu m’importait que son auteur soit artiste ou artisan. Que sa vie fut passionante ou quelconque. Qu’il soit laid ou beau.
Il y avait le livre, le lecteur et le temps qu’ils se consacraient l’un à l’autre.
Pas d’auteurs obligatoires à la maison, pas plus que de livres interdits. Zola et la bible m’ont donné autant de plaisir l’un que l’autre.
J’en reste persuadé, les livres sont comme des enfants que leurs parents, les auteurs, devraient laisser vivre leur vie. Et ne pas tenter de justifier chacun de leurs actes et virgules.
Je n’aime pas les auteurs. Les livres me suffisent.

dimanche 13 janvier 2008

Champion de Belgique

Un jour tout le monde, même moi, aura oublié que j’ai été champion de Belgique des patrouilleurs scolaires.

Un patrouilleur scolaire c’était, à l’époque, un élève de fin de primaires, qui règlait la circulation à la sortie de l’école. Moralité, pour moi, ça date de fin 1969 ou de 1970.
Et j’ai vraiment été champion de Belgique, au même moment. Le concours avait eu lieu à Woluwé-st-Lambert. Même l’Internet n’en fait pas mention ! Ce qui fait que je le suis peut-être encore…
Je trouverais d’ailleurs pas mal qu’on organise – sur le même modèle - des tas de championnats à édition unique que ne pourraient remporter que ceux qui n’ont jamais rien gagné. Lancer de Tupperware, effeuillage de marguerite, lecture d’instruction de montage Ikea, peinture de quart de rond, filage de mauvais coton, j’en passe et de meilleurs.
Je suis certtain qu’une Belgique qui serait composée pour majorité de champions de Belgique ne se poserait définitivement plus la question de son existence.

samedi 12 janvier 2008

Kleenex

Un Kleenex ? Vous ne pouvez pas utiliser un mouchoir comme tout le monde ?

Eh bien non ! Plus personne n’utilise de mouchoir en tissus. A la place, cette chose immatérielle, sans consistance, qui vous explose dans les mains si vous avez le malheur de vous moucher sérieusement. Vous laissant les mains toute morveuses.
C’est la course permanente au « qui a un mouchoir pour moi ? » juste avant le « où est la poubelle que je puisse jeter mon mouchoir ? »
Il est vrai qu’avant on perdait ses mouchoirs. Mais aussi, et par voie de conséquence, on en ramassait – pour les moins dégoutés dont j’étais - tout autant qu’il suffisait de laver pour refaire sa provision.

Et comment voudriez vous jouer à « j’ai perdu mon mouchoir » avec un Kleenex ?
Et que dire des demoiselles qui, dans les romans, laissaient choir (rien que pour la survie de ce verbe, il faudrait faire du largage volontaire de mouchoir une discipline olympique ou un trésor immatériel de l’humanité !) le leur pour qu’un galant jeune homme s’en emparre.
Les amoureux d’aujourd’hui n’auront plus jamais pour ce délicat mouchoir de baptiste (aucune idée à quoi cela ressemble… mais d’après les romans, c’était très bien) qu’un regard dégouté !

vendredi 11 janvier 2008

Jokari

Ballon, pelle, rateau, seau et jokari. Sans oublier les maillots évidemment. Il n’en fallait pas beaucoup plus, selon nous les enfants, pour une semaine à la mer.

Un bloc de bois. Une balle de caoutchouc tenue par un fil élastique. Une raquette de bois blanc. C’était le jokari. Un des jeux classiques de notre enfance.
La version avec la balle de tennis ne viendrait que bien plus tard. Décevante somme toute lorsque la balle finissait par perdre de son lustre, à ressembler à une peluche qui aurait passé six mois dans une poubelle.
Question exercice, c’était notre squash. Un effort intense. Court le plus souvent. De quoi écouler un surcroit d’énergie. De passer par exemple la frustration d’être resté assis trop longtemps aux côtés des parents.
Jusqu’à l’accident inévitable. L’élastique qui lache. La balle qui file au loin. La course pour la récupérer. Et ma mère qui la répare, jusqu’à la prochaine fois.

jeudi 10 janvier 2008

Passe-montagne

Maintenant, on dit cagoule. Et on en fait même des chansons. Quand nous allions à la neige, c’était pourtant bien d’un passe montagne que nous avions besoin.

Pour affronter le froid polaire sans doute, pour nous protéger de tous nos excès et de ceux de nos copains aussi. La neige ne restait pas longtemps au sol… et nous ne restions pas longtemps sur nos traineaux… La neige nous habillait, et quoi de mieux pour protéger le cou d’une bonne savonée qu’un passe-montagne.

mercredi 9 janvier 2008

Draps de lit froids

Comme l’ane et le bœuf de la crèche exhalaient la chaleur, la maison de ma grand-mère exhalait le froid.

Quitter la touffeur du salon ou la bonne chaleur de la cuisine pour aller à la toilette ou à la buanderie, au-delà du couloir glacé, était déjà toute une épreuve. Mais ce n’était rien à côté de la simple perspective des draps glacés et humides qui nous attendaient à l’étage, non chauffé.
Eté comme hiver, le couloir semblait souffler une odeur de froid sur ses visiteurs. Et de poser le pied sur l’escalier craquant qui menait à l’étage vous en remplissait les narines. Semblait en imprégner à l’instant tous vos vêtements.
Et toutes les bouillottes n’y feraient rien ; vous ne retiendriez à jamais de ces rares nuits que la frayeur de cette plongée dans l’humidité froide de la vieille maison maternelle, prélude au contact insupportable, même à travers la toile du pyjama, des draps de lit glacés et humides.

mardi 8 janvier 2008

Talus

Par intérêt ou indifférence, les adultes nous laissaient chaque année bruler les herbes sèches du talus de chemin de fer.

A quelques centaines de mètres de la maison, il marquait là, comme d’un trait, la limite de la ville. En deça, le tissus dense des habitations sociales du Foyer Malmédien ; au-delà, le terrain de football et deux ou trois commerces.
Comme dans un décor de train miniature, la locomotive débouchait du tunnel, et suivait la voie, accrochée au flanc de la colline. Franchissait le viaduc au dessus de la rivière. Et longeait la ville, longuement, comme en hésitant. Surplombant les maisons, puis des champs encore, avant d’aboutir enfin à la gare.
Mais les trains étaient si rares. Et on les voyait approcher de si loin. Ils roulaient si lentement à l’époque, que le talus ne leur appartenait pas. Et même si l’on parlait bien du talus du chemin de fer, il est clair que c’était notre domaine à nous !